2084 La fin du monde

Auteur : Sansal, Boualem

Format : 331 pages

Note :

La 4ème de couverture

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants.
Le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Mais un homme, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur un peuple de renégats qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion.
Au fil d’un récit plein d’inventions cocasses ou inquiétantes, Boualem Sansal s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux.

Le pitch

L’Abistan est un immense empire dans lequel les habitants n’ont plus aucune liberté. Ils sont sous surveillance permanente, la police religieuse y est omniprésente et la délation une pratique courante.
Dans ce pays, Ati, qui a réchappé miraculeusement à la tuberculose semble ouvrir les yeux.
De retour dans son quartier, il ne peut plus vivre de la même manière. Il commence en effet à s’interroger et, avec son ami  Koa à sillonner les districts et les ghettos à la recherche de réponses.

L’avis de Julien

Il y a quelques mois je ne savais pas ce qu’était une dystopie. Après avoir lu et commenté Le Meilleur des Mondes d’Huxley, je me suis rendu compte que certains de mes livres préférés en étaient (1984 d’Orwell, Fahrenheit 451 de Bradbury avec tous ces H difficiles à placer).

Le principe d’une dystopie est qu’un état totalitaire empêche ses membres d’accéder au bonheur.

Le contexte de départ de 2084 La fin du monde est assez effrayant. Une machine religieuse terrifiante a pris le pouvoir et semble gouverner le monde entier. Cette dictature pourrait totalement résulter de la prise du pouvoir de l’Etat Islamique et nombreux sont les termes employés qui le sous-tendent.
En effet la guerre sainte y est le Char, Yölah y est le Dieu tout puissant, les femmes y portent des burniqads et les hommes des burnis…

Le contexte est posé et Boualem Sansal nous décrit plutôt précisément ce qu’est l’Abistan. Une seule langue y est tolérée, l’abilang, pauvre et religieuse, et les délations succèdent aux exécutions dans des stades remplis. La femme y est également transparente, cachée par son burniqab et enfermée derrière les murs de sa maison.
Plus aucun loisir n’est acceptable et les hommes traversent leur vie sans passions ni idées.

Heureusement, Ati va apporter un peu de souffle à cette société (et au bouquin) en traversant l’Abistan et en entreprenant une quête idéologique. En effet il ne veut plus être un mouton, il veut vivre.

J’ai aimé ce livre, notamment pour ses références à 1984 d’Orwell. J’ai apprécié également que Boualem  Sansal nous pose ce que pourrait devenir le monde si nous (et nos gouvernants) n’y prenons pas garde. D’ailleurs, il se définit lui même comme un lanceur d’alerte.

« Comment déjà dire à ses propres contemporains que, lancés comme ils sont lancés, les malheurs d’hier les atteindront bientôt ? Comment les convaincre quand leur religion leur interdit de croire à la mort, quand ils sont convaincus que leur place au paradis est retenue et les attend comme une suite dans un palace ? »

J’ai également apprécié l’écriture fluide et agréable. J’aurais cependant apprécié que l’action se développe un peu plus. Cette torpeur est cependant partie prenante du livre et retranscrit ce que sont les habitants de cet Abistan.

Pour briller en soirée

Malgré ses critiques très dures envers son pays et son administration, Boualem Sansal vit toujours en Algérie. Il est également très critique envers l’Islam. Il se sait protégé des institutions par sa renommée en Europe mais il sait aussi que « contre les fous, au contraire, ça expose » (article dans BiblioObs).

 

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