Ces rêves qu’on piétine

Auteur : Spitzer, Sébastien

Format : 304 pages

Note :

Editeur : Les éditions de l'observatoire

Année de parution : 2017

La 4ème de couverture

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.

Elle aurait pu le sauver.

Elle s’appelle Magda Goebbels.

Le pitch

Ces rêves qu’on piétine se passe en avril 1945. Les Russes arrivent dans Berlin. Les survivants des camps libérés tentent de s’enfuir et de trouver un refuge. Magda Goebbels mère de 6 enfants et femme du gauleiter, bras droit d’Hitler, se réfugie dans le bunker où le führer et tous ses proches vont mourir.

Ces rêves qu’on piétine raconte l’ascension de Magda, qui durant les longues heures d’attente dans le bunker se remémorera sa vie. Pensera à ses années de gloire, ses alliés, ses sacrifiés, ses sacrifices, tout ce qu’elle a dû endurer et faire endurer pour parvenir à devenir la « première dame » du Reich.

En parallèle de ce huis-clos glacial, on va suivre Ava, 3 ans, petite fille née à Auschwitz, et sa mère Fela, complètement ravagée (physiquement et moralement) qui fuient dans la forêt parmi tous ces hommes, femmes et enfants en détresse. Tous tentent de retourner chez eux, en évitant les soldats allemands acharnés et les habitants imprévisibles.
Fela et Ava n’ont pour seul bagage qu’un rouleau de cuir contenant des lettres. Celles d’un père, Richard Friedländer, adressées à sa fille, Magda… et celles d’autres déportés puisant dans leur énergie pour écrire quelques mots de témoignages, quelques preuves.
Beaucoup de rescapés mourront pendant cette marche, mais ce rouleau de cuir passera de mains en mains pour que ce secret soit dévoilé au monde.

Les lettres que l’on découvre au fur et à mesure du récit vont faire le lien entre la longue traversée d’Ava et la descente de Magda. Le lien entre le passé de Magda et la reconstruction d’Ava.

Ces rêves qu’on piétine raconte les rêves d’un père espérant un signe de sa fille, les rêves de puissance d’une femme, les rêves d’une maman prête à tout pour sauver sa fille, les rêves d’une petite fille voulant juste vivre…

L’avis de Marion

Ces rêves qu’on piétine est le premier roman de Sébastien Spitzer. C’est un témoignage de la seconde guerre mondiale extrêmement bien documenté car tout est vrai sauf les lettres de Richard, comme le précise l’auteur à la fin du livre.
C’est un roman poignant que j’ai fermé avec une boule au ventre.

Ces lettres que l’on découvre au fil de la lecture sont bouleversantes, tel en témoigne cet extrait d’un déporté, adressé à Magda : « Je vais mourir. Et beaucoup d’autres mourront comme moi. Vous avez laissé faire. Je jure que je crèverai le voile de vos mystères, de vos hontes cachées, de votre ignominie. Je m’appelle Markus Katz. C’est le nom que mes parents m’ont offert quand je suis né. Je porte le nom de mon peuple. Je suis le Juif Markus Katz. Et je serai votre chat noir, celui qui hantera le reste de vos nuits, puisque vous possédez le jour. Ce serment, je le fais par mon sang dont j’ai trempé cette plume. Vous lirez ces lettres que nous n’avez pas voulu lire. Vous n’effacerez jamais la mémoire de nos pères ».

Cette volonté de transmettre ces lettres, coûte que coûte, prouve la rage de témoigner de cette horreur. De redonner vie, pour un instant, le temps d’une lecture, à ces hommes et femmes déportés et subissant cette ignominie.

Le portrait de Magda est peint comme une femme extrêmement ambitieuse, avide de pouvoir, ayant perdu son humanité. L’auteur ne cherche pas à contextualiser la situation et sa vie, pour la comprendre mais plutôt à exposer l’horreur et la barbarie poussées par l’ambition.
L’écriture de Spitzer est sobre, pleine de réalisme et se lit comme un témoignage plus qu’un jugement. L’auteur romance des faits et met en lumière tous ceux qui ont subi cette folie, juifs ou allemands, américains ou russes… Ils racontent ces vies avec beaucoup de justesse, mélangeant la fiction et le réel.

L’atmosphère du livre est pesante, dure et violente mais sans que ce ne soit trop. J’ai été réellement troublée, horrifiée, révolté et touchée par ces personnages. Ces humains poussés dans leurs derniers retranchements face à l’irrémédiable qui les attend. Impressionnée par leur courage. Ce parallèle entre l’horreur et l’espoir. Cette sensibilité et cette humanité des uns. Cette monstruosité et arrogance des autres. On passe du dégoût à l’attachement. Des ténèbres à la lumière.

J’ai lu beaucoup de livres sur la seconde guerre mondiale mais très peu sur cette période de fin de guerre un peu floue et incertaine.  Alors non, ce n’est pas un énième livre sur la guerre. Car ici, il ne s’agit pas de combat. Il s’agit du choix des hommes, ceux qui ont choisi leur camp, ceux qui ont subi, ceux qui veulent rester des hommes. Il s’agit de la Vie.

Ces rêves qu’on piétine parle de devoir de mémoire et de transmission. C’est une marche lente vers l’avenir sans jamais oublier le passé.

Pour briller en soirée

Il existe d’autres bunkers célèbres utilisés pendant la guerre comme le bunker de Churchill qui y trouvait refuge et organisait des réunions gouvernementales : https://fr.sputniknews.com

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